Froid et décalage horaire: la science au secours des athlètes
Le 5 février ont débuté les épreuves dans les disciplines nordiques. Pour aider les athlètes suisses à s’y préparer, un projet a été mis sur pied, dont les tenants et aboutissants sont décrits sur un poster affiché au Nordic Pavillon à Macolin.
Les athlètes qui participent aux Jeux olympiques ont des années d’entraînement à leur actif. Pourtant, un bon plan d’entraînement ne suffit pas pour pouvoir donner le meilleur de soi-même. Il faut beaucoup plus que cela. Les athlètes qui se rendent en Chine ont à surmonter des difficultés qui s’ajoutent au défi sportif: le décalage horaire, le froid, et aussi des incertitudes quant à l’alimentation qui leur sera proposée sur place, qui ne correspondra pas forcément à leur programme nutritionnel habituel.
Une caméra thermique pour perfectionner l’habillement
Swiss-Ski a réfléchi très en amont aux problèmes auxquels les athlètes pourraient être confrontés lors de ces JO. Pour cerner précisément quels seraient les besoins des fondeurs et des biathloniens en Chine, deux collaborateurs scientifiques membres du groupe Physiologie du sport Endurance de l’OFSPO ont mis sur pied un projet en collaboration avec Swiss-Ski et Swiss Olympic.
Les conclusions de leur travail sont résumées sur une affiche décrivant les principales difficultés qui attendent les athlètes – le froid, par exemple – et les solutions possibles. Cette affiche est actuellement apposée à l’entrée du Nordic Pavillon à Macolin. Un code QR permet aux fondeurs et aux biathloniens de s’y référer en tout temps.
Envie d’en savoir plus? Ce code QR permet d’accéder à la fiche d’information:
Simon Trachsel, du service de physiothérapie, et les deux médecins du sport de la fédération suisse de ski, Patrik Noack et Hanspeter Betschart, ont aussi collaboré à ce projet. Les deux médecins sont actuellement à Pékin, où ont débuté, le 5 février, les premières épreuves des disciplines nordiques: le skiathlon masculin (2 x 7,5 km) et le relais mixte du biathlon (4 x 6 km).
Interviewés en vidéo depuis la région de Zhangjiakou, où se trouve le Centre de ski nordique et de biathlon, Patrik Noack et Hanspeter Betschart confirment: il règne là-bas un froid polaire. «Il fait à peine plus froid qu’en Engadine, où les entraînements ont eu lieu cet hiver, mais c’est le vent qui fait la différence. Ici il est beaucoup plus cinglant», explique Patrick Noack.
Ils sont donc arrivés sur place fin janvier pour avoir le temps de s’acclimater et aussi pour pouvoir tester leur habillement. «Beaucoup d’athlètes savent exactement ce qu’ils doivent porter dans des conditions d’entraînement et de compétition normales. Ils ont leurs vêtements préférés, qui fonctionnent bien neuf fois sur dix. Mais ici, ce n’est pas le cas», indique Patrik Noack.
L’équipe Physiologie du sport et Swiss Olympic a aidé les athlètes à trouver des tenues répondant aux conditions particulières de ces JO: des tests effectués à Idre Fjäll, en Suède, à l’aide de caméras thermiques ont montré quelles parties du corps perdaient trop de chaleur et avaient besoin d’une couche supplémentaire. Si cela a été simple pour les sous-vêtements, la chose s’est révélée compliquée pour les couches vestimentaires extérieures, soumises aux exigences de sponsors.
Une machine à pain dans les bagages
Pour l’alimentation aussi, il valait la peine de bien se préparer avant le départ. «On peut signaler ses besoins au CIO à l’avance mais ce n’est qu’une fois sur place qu’on peut se rendre compte de la qualité réelle des repas», affirme notre interlocuteur. «À Zhangjiakou, il y a encore peu d’aliments sans gluten et les fruits et légumes ne sont pas nombreux. Quant au choix de pain, il est assez restreint pour les athlètes qui ne consomment ni pain blanc ni pain-toast. Alors certains ont pris avec eux ce qu’il leur fallait. «Et nous avons aussi emporté une machine à pain pour pouvoir nous faire du pain frais», précise Patrick Noack.
Quant au choix de pain, il est assez restreint pour les athlètes qui ne consomment ni pain blanc ni pain-toast. Alors certains ont carrément apporté ce qui leur fallait. «Et nous avons aussi emporté une machine à pain pour pouvoir nous faire du pain frais», précise Noack.
Les mesures de protection anti- COVID au Centre de ski de fond et de biathlon sont également très strictes. Tout le monde était conscient qu’elles seraient sévères», raconte le médecin. Mais elles vont complètement à l’encontre des habitudes des sportifs d’endurance. «Ceux-ci ont besoin d’aller courir pour préparer les épreuves mais ici, les possibilités sont limitées car on n’a pas le droit de sortir du village olympique.» Dès lors, les athlètes s’entraînent sur des tapis de course ou font des boucles dans la bulle olympique «alors que les collines tout autour seraient parfaites pour le trail».
L’impact du froid sur la performance
Pour optimiser l’habillement des athlètes, vous avez, entre autres, fait des tests en Suède. Pourquoi aller chercher aussi loin?
Les mesures de la thermorégulation que nous avons réalisées à Idre (SWE) avec l’équipe nationale de biathlon faisaient partie d’une série de travaux initiés avec Swiss-Ski et Swiss Olympic pour préparer les athlètes suisses aux conditions difficiles qu’ils allaient trouver à Pékin. Les athlètes se sont d’abord soumis, au printemps 2021, à des tests de la fonction pulmonaire permettant de diagnostiquer et de prévenir l’asthme d’effort par temps froid et sec. Quant aux mesures réalisées sur le terrain lors du dernier camp de préparation en Suède, elles ont contribué à sensibiliser les athlètes et les coachs aux stratégies d’habillement et d’échauffement qui seraient nécessaires en Chine. ll est préférable de mener ce type de sensibilisation directement auprès de l’équipe et dans un contexte de compétition réelle.
Comment le froid affecte-t-il la performance sportive?
L’impact négatif de la température extérieure sur la capacité de performance s’observe aussi bien par grand froid que par forte chaleur. Lorsqu’il fait froid, deux mécanismes physiologiques entrent en jeu. D’une part, en ski de fond notamment, si l’air est froid et sec, les voies respiratoires sont davantage sollicitées car l’athlète doit réchauffer et humidifier en peu de temps un volume d’air accru. Si l’effort est intense, la perte d’eau et d’énergie augmente et des difficultés respiratoires peuvent même survenir lorsque la température est très en-deçà de 0°C. D’autre part, le froid extérieur cause une vasoconstriction (rétrécissement des vaisseaux sanguins) qui réduit la circulation sanguine dans les groupes de muscles périphériques. Il s’ensuit une baisse de la température des muscles, qui réduit la disponibilité de l’oxygène dans les muscles qui travaillent, ce qui entraîne une sollicitation accrue du métabolisme anaérobie. En même temps, la vasoconstriction fait rapidement baisser la température dans les mains et dans les pieds, ce qui a un impact négatif sur la sensibilité tactile et sur la dextérité, et donc sur la performance du tireur.
Comment un athlète exposé à un froid plus intense qu’à l’accoutumé doit-il adapter son alimentation ou son sommeil?
En ce qui concerne l’alimentation, l’athlète qui séjourne durant un temps relativement long dans une région froide devra être attentif à sa balance énergétique et hydrique. En effet, la pratique du sport accentue la dépense énergétique et la déshydratation, et même quand l’athlète n’est pas sur ses skis, le maintien de sa température corporelle passe généralement par une dépense d’énergie accrue. Pour y remédier, il faut avoir durant cette phase une stratégie d’alimentation précise à l’entraînement et en compétition, stratégie qui inclura un apport glucidique accru sous forme de boissons et de snacks. Quant au sommeil, je n’ai pas de conseils concrets à donner. J’attire simplement l’attention sur le fait qu’un effort dans le froid peut entraîner un besoin de récupération plus important.
Quelle est la température corporelle idéale pour la performance sportive?
Pour répondre à cette question, il faut faire la distinction entre température corporelle, température des muscles des mains et des pieds, et température du milieu extérieur. La température corporelle avoisine en temps normal 36,6°C. Il suffit de faibles variations, de 1 ou 2°C, de cette température pour que la capacité de performance d’un sportif diminue. En revanche, en ce qui concerne la température du tissu musculaire et celle du tissu cutané, la marge de tolérance est un peu plus grande. Quant à la température du milieu extérieur, mieux vaut, pour la performance sportive, qu’elle soit plutôt basse, entre 7 et 13°C. Au biathlon, comme je le disais, la dextérité et la sensibilité tactile sont très importantes, et celles-ci diminuent lorsque la température cutanée est inférieure à 15°C. Par conséquent, pour une thermorégulation optimale, il est conseillé d’adapter son habillement aux conditions ambiantes avant et pendant la compétition, à la fois pour empêcher la musculature qui travaille de se refroidir trop et pour prévenir une surchauffe et une forte sudation.
Office fédéral du sport OFSPO
Hauptstrasse 247
2532 Macolin





